Traumatismes psychiques Redonner du "corps" à sa voix!...

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Quand tout prend CORPS...

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(Et je n'oublie pas mon "ancrage"...)

Je donnerai du "corps" à cette page au fur et à mesure. 

Fond, création de la bannière, etc. à l'image de la thématique et du contenu.

Tout ne se fait pas en un jour et j'ai à coeur de vivre comme à mon habitude, c'est-à-dire pas trop collée à mon écran, tournée vers l'extérieur (le vrai réseau social) et la vie même, au présent, bien ancrée.

Il y aura d'ores et déjà de la matière, parce que je suis en ébullition expressive et créative, mais tout viendra en des temps bien définis. J'ai quelques problèmes de concentration qui me freinent et me réfreinent. Donc je vais aussi me calmer (sourire) et prendre soin de mon équilibre qui nécessite une attention particulière. (et plus encore depuis deux ans)

Quand je n'écrirai pas, vous m'imaginerez en train de ronronner avec les chats que je visite, en séance de thérapie, au contact des gens qui m'entourent, à mon quotidien pur et simple, peut-être même au bord de la mer, à parcourir les sentiers sauvages et ressourçants. 

Je crée ce blog pour pouvoir témoigner de mon vécu et apporter matière à une meilleure compréhension des traumatismes psychiques pour les personnes qui en souffrent et ne le savent pas encore, ces personnes qui vivent ou ont vécu un tsunami et se retrouveraient en mes mots. Echangeons, partageons... 

Parce qu'un blog reste un espace un peu figé mais plus facile à organiser (catégories etc) et donc plus lisible quand on cherche à y puiser des ressources, je vais le lier à une page publique sur Facebook afin de pouvoir compléter ce témoignage d'une interaction avec le "monde"...

Cet espace sera donc mon espace de témoignages, de ressentis, d'expression au sens large avec à l'appui ressources et informations.

Ce "dedans" qui m'appartient et qui en même temps me reliera à vous... qui vous sentirez concernés, intéressés, investis à "nos" côtés...

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14 octobre 2019

A vous... A toi... A NOUS

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A toi, adolescente et jeune femme que l'on a tirée sept ans par quatre ficelles.

A celles et ceux que les services sociaux, la Justice et autres institutions tirent encore par quatre ficelles.

Ceux qui ont été un jour ces pantins vidés d'identité, dénués de protection, de Justice et qui sont parvenus à s'en défaire.

Ceux qui ont réussi à bâtir leur vie bien au-delà de ce que l'on imaginait alors qu'ils n'étaient que l'ombre d'eux-mêmes.

Ceux à qui l'on a dit un jour "c'est derrière toi, tu ne peux qu'aller de l'avant" et qui sont effectivement allés de l'avant, "à corps perdu"...

Fous de courir enfin vers leurs premiers moments de liberté, d'assister à leur seconde naissance, pas à pas, à en oublier d'où ils venaient. D'ailleurs, c'est ce que l'on fait, bien que psychiquement, un traitement médicamenteux fasse office de garde-fou. Tout n'est que "soutien" psychologique qui soutient les émotions dans leur cage.

Pas à pas, alors qu'on commence à s'ancrer, et même mieux, qu'on touche les rives de la détente, le pansement de misère qu'on a mis "en surface" sur vos traumatismes est pulvérisé par un séisme de vie de magnitude 9.

A ceux qui ont perdu leur filtre émotionnel et ouvert les tiroirs scellés de leur mémoire, corporelle et psychique.
A ceux qui ont eu à justifier de cet état, à l'assumer, à s'en apaiser et pour cela entreprendre une thérapie enfin adaptée.
A ceux qui ont perdu des litres de larmes en quelques séances de thérapie alors que des années de soutien psychologique avaient mis leurs canaux lacrymaux à sec.

A ceux qui étouffent dans l'ombre et le silence, ceux qui survivent, ceux qui, après un séisme de leur mémoire, sont sûrs de vivre mais vacillent encore sur leurs pieds et avec leurs émotions...

Vous n'êtes pas seuls.

Clin d'oeil spécial à toi qui faisait front face à ceux qui ne t'ont pas protégée, qui frappait par ta justesse entre deux vagues de dix fois ta taille.

Je t'admire car tu revenais toujours à la surface, convaincue que la bienveillance demeurait à proximité, en ces rares personnes qui t'en ont appris le sens.

Ta vie ne fut pas qu'un trou béant. L'intensité de son contenu était trop forte. C'était tellement plein que tu n'avais plus de "jus" pour voir toute la force sensible qui émanait de toi. Tu n'as pas plié devant les rafales à 200km/h.

Tu as fait de ton mieux. Tu as été époustouflante de courage.

A toi, l'adolescente que j'ai été...

Je te dois toute la détermination qui m'anime aujourd'hui, toute cette sensibilité finement ciselée, capable d'aller en profondeur autant que de gratter le ciel.

Tu n'es pas seule. Tu as toute ta place en force sensible ici-même... Je t'aime.

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Se réapproprier son corps et ses émotions en un BOUM...

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Il y a deux ans, j'ai vécu un effondrement émotionnel qui est passé inaperçu grâce au pouvoir des douceurs -sucrées- de la vie et à ma capacité à tendre toujours vers la lumière et non la pénombre.

Pourtant, une partie de moi n'était plus dans le moment présent. J'ai perdu mon filtre émotionnel, BOUM. Déjà hypersensible, je vous laisse imaginer ce que peut signifier "perdre son filtre"... Mon corps s'est rebranchée en un éclair à ma tête, sans notice d'installation. Je l'ai retrouvé en tournis, tensions, douleurs lombaires, attaques de panique et torrents émotionnels...

Allo docteur? C'est dans ma tête, vous dites? Non, c'est dans mon CORPS aussi là...

Il a fallu que je me réassure, à corps et à cœur, comme on rassure un enfant, sans trop cogiter, dans l'instant. Que je me tienne la main, que je m'accompagne... Ce fut un déménagement intérieur et ça a cartonné, au sens propre comme au figuré.

13 ans en Bretagne.

13 ans... 13 ans... A 13 ans, j'ai cessé de vivre dans mon corps. J'ai perdu mon identité. Ame fluette, égarée. 

13 ans de vie ici et voilà que j'opère ma crise identitaire. 13 ans, l'âge rebelle, l'heure de comprendre que plaire aux autres, c'est FINI et tant pis pour ceux qui m'attendaient surtout dans les meilleurs chapitres. Je n'ai pas démarré ma vie à 22 ans en arrivant en Bretagne. Je n'ai donc pas 13 ans. J'ai 35 ans. J'ai eu une vie avant d'arriver à cette justesse -au moins de cœur- qui est mienne aujourd'hui. Je me réajuste encore.

Deux ans avec mes émotions torrentielles et ma fatigue accrue et un instant pour accepter de témoigner sur un plateau TV. 

A toi l'adolescente qui n'a pas eu le temps d'intégrer le fait d'être devenue femme... Tu m'as tellement collée au corps -sidérée que tu étais- qu'aujourd'hui je ne réalise pas encore bien que je vais accoucher de toi en voix sur un plateau tv... et me redonner corps. Moi, Elodie, 35 ans.

Durant des années, je me suis regardée un peu comme dans un miroir cassé et donc, avec une imagie erronée de moi. Au séisme du corps et des émotions... Le séisme télévisuel pour retrouver sa dimension, se voir interagir, ancrée et en contact avec le "monde"... se voir s'émouvoir...

Et réaliser que oui, je suis bien devenue femme.

Je n'ai tellement rien vu venir, RIEN senti en-dedans...

Du moins jusqu'à il y a deux ans. 

BOUM.

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12 octobre 2019

Garder une fenêtre ouverte dans son cœur...

A dix-huit ans, en détresse psychologique après les trois jours d'auditions, d'expertises, de confrontation qui ont composé mon dépôt de plainte, j'ai été hospitalisée. Cette hospitalisation qui aurait pu durer une semaine s'est prolongée bien malgré moi, parce que je me retrouvais sans domicile et sans solution d'hébergement. 

Les services sociaux ne proposant que des hébergements instables (je n'étais alors qu'en 1ère au lycée) les médecins ont pris la décision de me maintenir hospitalisée en attendant qu'une solution plus stable me soit trouvée. Je suis restée cinq mois à l'hôpital. C'est énorme quand on y pense, mais avec le recul, je comprends que les médecins aient eu le souhait de me protéger psychiquement. Ils ont ainsi pu m'apporter un soutien immédiat dans les étapes parfois délicates qui ont jalonné ces cinq mois. J'allais au lycée, je travaillais et j'avais ce cadre en rentrant, j'étais hospitalisée de nuit.

De ce chapitre insolite, j'aimerais aujourd'hui extraire de mon cœur une douce rencontre qui m'a attendrie et profondément marquée.

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Elle s'appelait Erasmine. 

C'était une petite chatte écaille de tortue. Errante, elle avait élu domicile depuis quelques années dans l'unité où j'étais hospitalisée. Le personnel soignant la nourrissait, elle trouvait de l'affection auprès des patients et profitait de l'immense parc qui entourait le bâtiment. Le matin, elle ramenait parfois des cadeaux aux infirmiers de nuit: mulot, oiseau, etc. C'était la petite chef de service.

Quand je l'ai rencontrée, je l'ai aimée et probablement qu'elle l'a senti.

Les nuits d'été, je laissais ma fenêtre ouverte autant que je le pouvais, sécurité oblige. L'unité se trouvait au rez-de-chaussée. Chaque nuit, durant toute la durée de mon hospitalisation, Erasmine se glissait dans l'entrebâillure de la fenêtre et venait s'endormir près de moi qui n'était pas du tout contre le fait de partager mon lit avec elle, bien au contraire. La chaleur n'était pas l'unique raison de laisser la fenêtre ouverte.

Le matin, l'infirmière frappait à la porte, entrait et se retrouvait face à une scène tout à fait étonnante et émouvante. Nous étions là, Erasmine et moi, blotties l'une contre l'autre. Personne n'allait à l'encontre de cette relation touchante. Erasmine avait choisi son lit parmi les quinze autres et c'était le mien.

En journée, je vivais ma vie, Erasmine aussi. La nuit, elle débarquait à sa convenance, en toute discrétion et se blottissait contre moi.

Durant toute cette période d'hospitalisation "hors-normes", alors que je devais en permanence œuvrer pour trouver un toit "ordinaire", Erasmine était là, imperturbable. Elle m'a apporté la présence et l'affection dont j'avais tant besoin à ce moment précis de ma vie.

Il y a treize ans, quelques mois après mon arrivée en Bretagne, une petite chatte écaille de tortue "m'a adoptée". C'est elle qui m'a choisie et ce fut une évidence, un coup de foudre réciproque. Je n'ai pas fait le lien aussitôt mais c'est en pensant un jour à Erasmine que je me suis dit "Tiens, ce doit être un clin d'œil de sa part. Elle t'a envoyé une cousine éloignée pour réchauffer ton cœur"...

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Aujourd'hui, Miss Titi occupe le poste de gardienne et bouillotte de son humaine. Elle est toujours là, au plus proche de moi.

L'époque d'Erasmine fut si rude que son souvenir suffit à m'émouvoir et à me décrocher un large sourire, plein de malice. Il ne faisait pas juste chaud l'été, j'attendais ma complice aussi. J'avais rendez-vous avec ma psycat. Dans la boue jusqu'au cou, on ne perçoit pas toujours la valeur de ces petits moments exceptionnels. Ils sont vite recouverts par les épreuves quotidiennes.

Aujourd'hui, il me tenait à cœur de remercier ma super complice d'hospitalisation.

Merci d'avoir été là, si douce que tu étais. Je ne t'oublierai jamais.

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09 octobre 2019

Merci d'avoir été et d'être toujours là...

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Merci de m'avoir tendue la main quand je crispais les miennes.

Merci de m'avoir crée un cocon bienveillant au sein du collège et bien au-delà de l'infirmerie pour m'aider à me relever de mes malaises, crises de panique et crise de larmes.

Merci de m'avoir comprise bien au-delà des mots, de m'avoir sondée, captée, d'avoir su garder un œil sur moi quand votre attention devait aussi se porter sur une classe de trente élèves.

Merci de m'avoir lue quand j'ai commencé à « parler » sur un petit cahier, tout en pudeur et entre les lignes. Merci de m'avoir laissé des petits mots à la dernière page de mes contrôles ratés pour me dire que vous ne doutiez pas de mes capacités.

Merci de m'avoir ramassée tel un oiseau blessé, de m'avoir tendu de quoi "becter" un minimum pour avancer sans trop tourner de l'oeil.

Merci d'avoir encouragé ma plume sensible jusqu'à ce qu'un jour, enfin, je m'envole vers ma première parole.

Tout le monde me voyait mourir à petit feu et vous avez été DEUX à m'avoir porté assistance et à avoir fait un signalement. Vous avez témoigné avec justesse, tapé du poing sur la table au moment du classement sans suite, poussé des portes, remué ciel et terre dans les couloirs et bureaux de ces institutions à deux vitesses.

Vous m'avez raccrochée au monde des vivants, à la chaleur humaine, à l'idée que quelque chose de mieux m'attendait, même s'il m'a fallu du temps pour atteindre cette rive de justesse et de bienveillance.

Vous avez toujours cheminé à mes côtés, de mon adolescence à aujourd'hui. Vous avez partagé toutes mes galères. Vous m'avez épaulée, vous avez haï en même temps que moi tous ces rouages institutionnels et judiciaires.

Vous m'avez encore dit au dernier "verdict" que vous aviez traversé avec moi cette période innomable bien mieux que tous les juges. Cette période a bouleversé ma vie autant que les vôtres.

Le temps passe... Je suis devenue à mon tour cette professionnelle attentive, rassurante et bienveillante aux côtés des enfants, à l'affût du moindre signe de faiblesse, de malaise, de souffrance. Prête à taper aux portes et à secouer les « pruniers » en cas d'urgence.

Vous m'avez enseigné les Sciences et bien plus encore. Vous m'avez enseigné "JUSTESSE". 

Mes yeux brillent quand je pense à vous. Et quand ils brillent, j'oublie ceux qui les ont embrumés. Le temps passe et vous êtes toujours là, petites fées discrètes, aujourd'hui retraitées, à qui je dois la Vie.

Cette vie que je peux croquer et digérer aujourd'hui. Cette Vie qui me tient enfin au corps.

 

Merci d'avoir été et d'être toujours là. Merci de m'avoir appris à aimer, au-delà des barbelés.

Texte déposé sur www.copyright-france.fr

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A l'impossible, nul n'est tenu...

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J'aime ces humains dont la parole a longtemps été étouffée et qui sont devenus paroliers.

Ceux dont les cordes vocales ont été saisies d'effroi plus d'une fois et qui sont devenus chanteurs, saisis de belles émotions, en voix.

Ceux qui, au creux de leurs maux, ont senti les cris vains et qui, en s'appuyant sur les mots, sont devenus écrivains.

Ceux qui, blessés, ont longtemps marché sur la pointe des pieds, et qui, aujourd'hui, font des pirouettes sur leurs pointes, en danse.

Ceux qui restaient muets dans une pièce et qui en sont aujourd'hui les acteurs principaux.

Ceux qui ont fait de leur silence une musique et de leurs sens un contact unique et vibrant avec leurs instruments

Ceux qui, dans leurs tourments, avaient "mauvaise mine" et qui sont devenus dessinateurs.

Ceux qui ne pouvaient voir la vie en peinture, et qui aujourd'hui, en exposent des toiles.

Ceux qui, un jour, se sont sentis vulnérables et mis au rebut et qui ont ouvert une recyclerie, redonnant de la valeur à tout, y compris à leur propre vie.

Ceux qui ont eu les émotions tellement sabotées qu'ils en sont devenus sensiblement créateurs, profondément humains.

Ceux qui sont là où ils n'imaginaient pas être un jour et surtout là où personne ne les attendait.

Ceux qui, ne sachant trop où aller, ont suivi leur cœur et qui réalisent aujourd'hui, ô combien lui seul savait où les mener...

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08 octobre 2019

"Protection" de l'Enfance?...

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"Je ne pensais pas que c'était si grave"...

Ce sont les mots de l'assistante sociale qui m'a suivie durant mon placement en foyer entre 15 et 17 ans. Celle-là même qui m'a suivie lors de mon contrat jeune majeur à 18 ans, quand ma parole a enfin été prise en compte. C'est à ce moment qu'elle a prononcé ces mots, quand je lui ai expliqué où en était la procédure judiciaire.

Ce jour-là, le bruit de la porte qui claque a été ma seule réponse. J'ai refusé de la revoir. On me disait intense, instable émotionnellement et on pardonnait encore à cette professionnelle d'avoir tenu ces propos. Je l'ai parfois attendue 2h en salle d'attente des bureaux de l'Aide Sociale à l'Enfance avant qu'elle ne débarque tout sourire sans s'excuser et moi, le ventre terriblement creux.

C'était grave Madame et ça l'est toujours.

C'était grave et ces mots ainsi prononcés vous rendent complice.

Lors de ma première plainte (classée sans suite faute de preuves, hématomes, ecchymoses et brûlure au corps) il a fallu un mois avant que vos services puissent accéder au domicile familial pour récupérer ne serait-ce qu'une simple valise de vêtements et mes affaires scolaires. Pendant un mois, j'ai vécu dans les vêtements de mes amies. Dépersonnalisée. Ne me dites pas qu'il n'était pas possible à ce moment de prendre des dispositions auprès du Procureur pour contrer cette rétention « punitive » de ma mère et exiger un accès à ma chambre.

Après un mois placée dans un foyer de la PJJ, vous m'avez déménagée sans crier gare vers un autre foyer. C'est vous qui avez rassemblé mes affaires. Pas eu le temps de dire ouf.

C'est vrai que je n'ai pas été une adolescente facile, un peu dure à suivre, révoltée, écorchée vive. Une rebelle, tout en discrétion. Je ne comprenais pas pourquoi c'était à moi de tout rebâtir, de changer d'établissement scolaire (mon père y travaillait), de perdre tous mes repères, mes amies...

J'ai eu des conduites un peu folles "sans foi ni loi". Passée la valise de vêtements enfin récupérée, je suis allée confronter ma mère pour récupérer ce qui faisait encore ma flamme dans la torpeur, mon autre instrument de musique « transportable », mes CD, tout ce qui faisait que je me sentais simplement moi, dans ce qui me restait d'encore vivant en dedans.

Vous m'avez pointée du doigt en m'indiquant que je « sortais du cadre ». Mais si c'était à refaire, je referai la même chose. J'espère qu'un jour, vous comprendrez -pour tous les jeunes que vous suivez- l'importance de tenir contre soi, près de soi, toutes ces petites choses qui nous réaniment et nous gardent vivants.

Parler (et ne pas être entendue) n'a pas été sans impact sur mes passions. Cela signifiait en arrière plan m'arracher à ma raison de vivre : la musique. J'ai dû arrêter mes huit années d'études au conservatoire. Vous me faisiez comprendre que j'avais été « gâtée » d'en bénéficier contrairement aux autres jeunes qui étaient placés. Et si je vous avais dit que je voulais percer dans ces études musicales, l'auriez vous entendu ? Depuis, je me suis trouvée un instrument que j'emporte partout: ma voix.

Dois-je vous dire que mes parents n'ont jamais cessé de me répéter depuis mes 7 ans qu'ils se sacrifiaient pour moi et que je n'avais rien à dire en retour, si ce n'est les remercier de m'avoir offert un beau piano neuf, au point d'en anesthésier le climat violent qui régnait déjà à cette époque. Ma cage dorée de "privilèges" était si belle qu'elle vous a vous-même anesthésiée.

Vous m'avez décrite comme étant « sans peur » lors de mes expéditions déménageuses. Mais vous oubliez que je me déchirais de médicaments aussitôt après, que je débordais de ressources pour me déchirer la mémoire en de multiples anesthésies.

Ma mère manipulatrice vous faisait peur. Elle vous a endormie, fait pitié. Pauvre mère qui ne comprenait rien de ce qui ce passait, dont la suite révélera qu'elle était pleinement complice. Mon père était quant à lui mutique, bourru, borné, psychorigide. Personne ne lui décrochait un mot si ce n'est quelques grognements.

Au lycée, j'oscillais entre les mauvais résultats et les bons, en dents de scie, en fonction de ma capacité à apprendre, à mémoriser et à produire dans tout ce chaos psychique. Car tous les mois, vous me confrontiez à mon agresseur en rendez-vous à l'ASE. Comment pouvais-je faire face, sans disjoncter?

J'ai séché les cours, erré, marché en crabe, avec ma phobie sociale et mon agoraphobie de l'époque. Je n'avais plus confiance en personne, je tremblais et étouffais au milieu des autres. J'ai fugué deux fois en me disant que dormir au pied d'un arbre serait toujours mieux que de vivre en foyer. Et finalement, je m'apercevais que la vie était hostile partout, alors dépitée, je rentrais.

De l'adolescence, je ne connais rien, juste le mot. Mes parents ayant conservé leur autorité parentale durant ces deux années de placement, j'avais l'interdiction de sortir du foyer pour quelques raisons que ce soit à part pour aller au lycée. Pas une soirée entre amis (je n'étais pas en phase avec ça à cette période), ne serait-ce en mon cas qu'une nuit chez une amie, un anniversaire. Je n'ai rien connu de tout ça. J'étais en détention.

Pour accéder à ces « privilèges », il m'aurait fallu frapper à toutes les portes pour obtenir un accord. Six mois de démarches pour passer une soirée chez une amie, j'ai vite capitulé. Je devais rentrer à 18h30, pas au-delà, sinon, comme toutes les jeunes du foyer, je devais m'acquitter de 50 francs d'amende qui servaient à racheter des bols et des assiettes. Beau sens de « l'éducation ».

Parce que vous pensiez que "ce n'était pas si grave", vous ne m'avez pas protégée de cette « mère » qui pouvait m'appeler n'importe quand au foyer. Quand je refusais de lui répondre, elle répandait sa « peine » au téléphone auprès des éducatrices qui la prenaient en pitié au point de me culpabiliser.

C'est ainsi qu'elle a pu délibérément jouer de son charme destructeur lors de mes premières hospitalisations en psychiatrie. Elle avait le droit de me visiter sans limite aux heures dédiées. Tout le monde rentrait dans son jeu, aveuglé par cette pauvre mère qui ne peut qu'aimer son enfant, voyons.

Ma mère en a bien profité pour me laver le cerveau, alors que j'étais en état de grande vulnérabilité. Elle me promettait la paix, le retour au calme, la liberté, la musique, tout ce que j'avais perdu... Et voilà comment elle m'a bercée de belles illusions au milieu d'antidépresseurs, anxiolytiques, neuroleptiques et somnifères... Et je suis tombée dans le panneau. Elle est progressivement venue avec mon père comme pour me rassurer. Il était là calme et sans menace. Il n'y a pas un truc qui vous froisse dans vos "mesures de protection"?

Voilà comment je suis retombée dans la gueule du loup entre 17 et 18 ans. Parce que quelques marionnettes aux yeux cousus comme vous ont pensé que « ce n'était pas si grave »...

Non seulement vous ne m'avez pas protégée durant ce placement en foyer mais quand j'en suis sortie, vous n'avez pas jugé bon de me suivre et de vous assurer que tout se « passait bien » même si avec le recul, je comprends que ça n'aurait pas pu être le cas. C'était écrit entre les mailles de cette manipulation parentale.

Pendant deux mois, j'ai vécu ma vie de jeune de 17 ans à pleins poumons. Je suis tombée amoureuse (bon, c'était compliqué) Je sortais. J'ai retrouvé toute l'étendue de ma musique, de mon chant. Je regagnais mon paradis perdu, bercée de belles illusions, mais heureuse de retrouver cet élan de vie.

Et puis les paroles déplacées de mon père et ses menaces ont repris progressivement sans ambiguïté, devant ma mère. J'assistais à des violences conjugales que ma mère n'a bizarrement jamais niées. La peur me gagnait. Je me barricadais avec un radiateur dans ma chambre. Durant cette période, je me réfugiais dans mes études, je trouvais le calme dans ma chambre, la musique dans mes écouteurs. Ma bulle. Ma déconnexion.

Les menaces se sont accentuées. Mon père me rappelait que l'on ne m'avait pas crue. Il jubilait. Je lui tenais tête, je lui disais que je ne manquerais pas de le dénoncer s'il s'en prenait de nouveau à moi. Et c'est ce qui s'est passé pratiquement un an après mon retour. Jusque là, je fuyais le domicile. Je n'échappais cependant pas toujours aux violences verbales à caractère sexuel. Et un jour, il m'a menacé de mort si je parlais et m'a assené un coup de poing (soumis à expertise)... Quelques jours après, il s'en prenait de nouveau à moi sexuellement.

Je ne saurais vous dire d'où m'est venue la hargne et la détermination qui m'ont envahie ce jour-là. Le lendemain, je suis partie au lycée comme chaque matin, sans plus jamais me retourner. En effet, j'ai déposé plainte une deuxième fois et là, j'ai été entendue.

Je me suis retrouvée cinq mois sans domicile fixe avec les murs d'un hôpital pour seul sécurité (c'était une « hospitalisation de nuit », j'allais en cours, je travaillais à côté) Si pendant une semaine, cette hospitalisation m'a été utile, elle s'est étalée dans le temps, par défaut. Alors que vous frisiez l'incompétence, les psys ne m'ont jamais lâchée et larguée sur le trottoir. Ils ont compris et m'ont soutenue sans relâche.

J'avais 18 ans et je devais déjà trouver un toit, je n'avais pas encore passé mon année de terminale. Aucun foyer de jeunes travailleurs ne voulaient de moi. Et quand l'un d'entre eux a daigné m'accorder une place, vous avez eu un train de retard et cette place m'est passée sous le nez. J'ai finalement trouvé difficilement une solution d'hébergement stable.

Si vous avez su minimiser ma souffrance, vous avez dû le faire avec d'autres. Combien d'enfants, d'adolescents renvoyez-vous à l’échafaud ? Ne vous inquiétez surtout pas, je vais mieux aujourd'hui. Mais ce n'est sûrement pas grâce à vous et vos services de « Protection » de l'Enfance.

Bon vent Madame « l'assistante sociale ». Je me souviendrais à durée indéterminée du courant d'air vivifiant et du bruit de cette porte que je vous ai claquée au nez. Ce jour-là, j'ai fait preuve de justesse envers moi et envers mon vécu. C'est tout ce qui compte. J'ai su me protéger là où vous-même, professionnelle, n'avez jamais su le faire quand j'en avais besoin.

Parce que oui, c'était grave.

Je suis fière de l'adolescente que j'ai été, même si je ne vous ai pas ménagée (au creux de mon tourbillon de blessures innomables) Je lui dois, je me dois toute la détermination qui m'anime aujourd'hui. Je ne m'excuserai pas d'avoir été "intense" pour mieux vous décoiffer un jour, vous et votre incompétence.

Texte déposé sur www.copyright-france.com

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05 octobre 2019

Lettre à toi, "Justice"... (1)

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Bonjour Justice,

Je n'ai pas crié la dernière fois que je t'ai croisée, en 2006.

Je n'ai pas pu. Je n'avais plus de voix.

Tu sais, je ne voulais pas mourir quand j'ai reçu ce courrier mentionnant la date du procès en Appel. Je mourrais de ne plus vivre.

Je ne me souviens même plus qu'entre le moment où j'ai reçu cette lettre et où je suis rentrée chez moi, la lumière s'est éteinte subitement dans mon cerveau, me rendant complètement inconsciente des évènements qui ont suivis. J'ai côtoyé "l'absence" et le coma. Je me suis réveillée de ce dernier intubée, avec un oedème laryngé.

Mes séquelles de voix se sont étendues sur trois ans. C'était un blocage psychologique ou disons-le, l'expression d'une dure réalité: Tu m'as coupé le sifflet.

Même si peu à peu, ma voix a repris du volume, j'ai peiné à retrouver mon étendue vocale. Je ne pouvais porter ma voix d'un trottoir à un autre. Je ne pouvais crier en cas de nécessité. Il a fallu tout rebâtir en arrière plan. Toute cette justesse et cette force qui font ma voix d'aujourd'hui.

Car si je chante encore, si je gratte le ciel de mes émotions, ce n'est pas grâce à toi.

Je sais qu'aujourd'hui, tu continues de broyer des voix(es) comme tu as broyé la mienne à l'époque. Je ne veux pas de colère. Juste l'expression de la réalité. Je veux éclairer le monde de tes absences, de tes vices et de ton système à deux vitesses.

J'ai fait partie de ces 4% de victimes de violences sexuelles dont les plaintes ont donné lieu à un procès. Il paraît que c'est une chance. Mais je ne peux m'empêcher de penser au pourcentage de victimes que tu as laissées sur le carreau. (non-lieu, classement sans suite, prescription)

Mon agresseur a été jugé en correctionnel et non aux Assises malgré la nature des faits. Verdict annoncé, je me suis demandée si tu ne t'étais pas profondément moquée de moi...

Il ne me restait qu'un tout petit souffle pour rejoindre mon océan de Paix.
Je l'ai pris avec moi et je suis partie. Je t'assure que l'espoir fait vivre. Je l'ai hissé bien haut.

Aujourd'hui, j'ai assez de recul pour te rendre ce que tu m'as tendue: l'injustice.
Reprends-la et pars, sans te retourner. Peu m'importe ce que tu as -ou n'as pas- été, j'ai su être juste avec moi à l'époque, j'ai parlé. 

Si je devais refaire ce chemin, je referai le même. J'y ajouterai mon expressivité d'aujourd'hui et je te décoifferai au poteau.

Justice, Sens-tu mon souffle peser sur ta balance?
Je respire, je chante, c'est plus que sûr, je suis VIVANTE!

Je m'appelle JUSTESSE.

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03 octobre 2019

La mémoire traumatique, en quelques mots (Mes mots...)

dissociation

Vous situez les petits personnages du très connu dessin animé « Il était une fois la vie » ? Ceux qui assurent le bon fonctionnement du dedans et les liaisons du cerveau à votre corps ?

Quand vous vivez un choc, un traumatisme, tout ce petit monde intérieur est en alerte maximale. Impuissants face à l'impact du choc, ils vont voir rouge et s'affoler sans être en capacité de réagir et transmettre les informations qui pourraient vous permettre de vous échapper. Vous serez dans l'incapacité de réagir. C'est la sidération. Vous ne pouvez réagir mais quelque part, votre être donne absolument TOUTE son énergie pour survivre.

Par ailleurs, le choc entraîne un stress si intense que pour vous évitez d'y succomber, un fichier de sauvegarde, un disque dur « très dur », va être érigé en quelques secondes. Ce disque dur contiendra toutes les images, les émotions, les ressentis, les odeurs, les sons, l'ambiance et les infimes détails qui composent ce choc. C'est la mémoire traumatique.

Avec l'intensité du stress et pour vous évitez d'y succomber, toutes ces données contenues dans ce disque dur vont être court-circuitées. C'est la disjonction. Disque dur interne, parce qu'il marquera son emplacement en votre cerveau. Externe, parce que vous serez déconnectés de ces données.

Ces mécanismes hors normes, en ces instants, vont vous sauver. Mais avec ce disque DUR piégé hors de toute conscience, vous vous sentirez « ailleurs », plus en phase avec la réalité, déconnecté(e). Ce choc n'a pas pu vous arriver, ce n'est pas possible. Si bien que vous aurez l'impression de ne plus habiter votre corps ou d'être à côté de vos pompes, de perdre la tête également. On appelle cela la dissociation.

C'est ainsi que lors d'un choc violent, de quelque nature que ce soit, bien souvent, nous perdons tout contact avec nos émotions et nos ressentis. Nous fonctionnons comme des robots, mécaniquement. La douleur monte à la tête et court se planquer dans le disque dur. Dans votre corps, vous vivrez et sortirez du choc comme d'une anesthésie générale à durée indéterminée, les yeux ouverts mais vides. Le corps vidé de toute énergie saine. Il était une fois la survie.

Vous serez bien vivants mais une part de votre mémoire sera anesthésiée. Si personne ne vous vient en aide à juste titre et le plus rapidement possible, cette mémoire peut rester des années piégée (même sous couvert d'un "soutien psychologique"). Cela n'empêche pas les conséquences visibles de ce choc sur votre vie. (s'il s'agit de violences répétées, les conséquences auront un plus large spectre)

Le HIC, c'est le jour où cette mémoire traumatique juge que vous êtes -enfin- en capacité de la recevoir et va se « rebrancher sur secteur ». Et curieusement, elle sait trouver le « bon » moment, ce moment où dans votre vie, vous avez appris un peu mieux à vous détendre. « Salut, je suis la mémoire traumatique, tu as l'air assez détendue, je viens presser sur la détente»...

Il se passe un moment avant de comprendre ce qui se passe.Tout ne ressurgit pas forcément d'un coup. Tout arrive par vague, par petits séismes. En ce qui me concerne, c'est un peu comme si j'avais senti le tsunami arriver. Je me suis retirée de mes obligations, comme la mer se retire avant l'arrivée de la vague de dix mètres, cette même vague qui a bouleversé ma vie.

Savoir ce qu'est la Mémoire traumatique peut vous sauver quand vous êtes au creux de la vague. La prise en charge de psychotraumatismes est très particulière et nécessite une thérapie adaptée. Je vous invite à parcourir les articles sur internet de la psychiatre Muriel Salmona à ce sujet.

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Posté par ElodieEnVoix à 18:40 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


 
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